La fabrique du français

de l’exploration sensitive à l’expression individuelle et collective.

Projet mené avec le Comité d'Action et de Promotion Sociale à Louviers 

Financé par le ministère de la culture et de la communication dans le cadre de l'appel à projets « Action culturelle et langue française »

Avec le soutien de la ville de Louviers 

Résumé du projet

 

 

Ce dispositif d’intervention artistique, culturelle et socio-linguistique a pour bénéficiaires des jeunes garçons et des jeunes filles, mineur.e.s isolé.e.s étranger.ère.s de 16 à 18 ans et des jeunes hommes majeurs non accompagnés, accueilli.e.s & hébergé.e.s par le CAPS.


Notre projet propose des ateliers artistiques à un public éloigné qui vient d’arriver en France et qui de fait, est assez peu inclus dans les institutions républicaines car il primo-arrive : il est donc aussi loin de l’offre culturelle et artistique, d’autant plus qu’il est parfois écarté de toute forme de scolarisation officielle.


A la fois outil d’intégration et condition « sine qua non » pour le vivre-ensemble en France, la maîtrise de la langue française constitue un enjeu majeur pour ces jeunes hommes étrangers. En effet, après la longue route de l’exil, le français est le passage indispensable pour être scolarisé, suivre une formation professionnelle et surtout un apprentissage.


Après avoir été une langue étrangère (les jeunes soudanai.se.s, pakistanai.se.s...) ou une langue véhiculaire (les malien.ne.s, nigériens.ne.s, sénégalai.se.s très souvent en situation de « plurilinguisme »), la langue française se révèle très vite une langue plurielle : une langue
d’intégration (F.L.I), à objectifs spécifiques (F.O.S.) et professionnelle (F.L.P), mêlant savoir-faire, savoir-dire & savoir-agir, en plus des savoir-faire techniques à acquérir pour une réussite professionnelle à venir.

 

Face à la réalité d’une France « chamarrée », ce dispositif hybride souhaite donner rapidement pleine confiance et soutenir, par le vecteur de l’expression corporelle & artistique, la parole de ces jeunes nouveaux arrivants.


Par le biais de récits, de poèmes, de fabrications artistico-manuelles, avec une langue commune, nous pourrons entendre et voir leurs pensées et leurs réflexions sur l’apprentissage de la langue & d’un métier futur, leurs rencontres décisives, leurs projets d’avenir, etc..
Trois types d’ateliers en trois temps seront définis :

 

l’atelier corporel et théâtral / l’atelier arts plastiques & conception puis un atelier de mise en écrit.
Puisque la mouvance, la solitude, l’éphémère, l’instant de nos existences côtoient le désir d’ancrage, la fraternité et le développement durable, nous proposerons ainsi par la diversité des ateliers des moments où la parole sera spontanée et d’autres moments où elle sera plus réfléchie,
des périodes où il faudra construire physiquement & penser la matière, la dire, s’en émouvoir pour partager ses « œuvres » ou « sa » conception d’une « œuvre à soi », parmi celles des autres participants, homologues & frères linguistiques.

Note d'intention artistique 

 

 

Une sensibilisation sur la beauté et sur la langue.
La vocation de l’homme, est de se tourner vers le beau, le bon et le vrai : le beau, auquel la nature et certains dévoilements humains donnent accès ; le bon qui trouve sa forme accomplie dans l’amour et la connaissance ; le vrai, que chacun doit s’efforcer d’identifier pour ce qui le concerne.
La quête de sens, donc la volonté de tendre vers l’harmonie ou l’unité dans le triangle du beau, du bon et du vrai, est le principe premier de la vie.
L’enseignement, l’apprentissage, l’art, la recherche, le divertissement sont des armes idéales à la recherche de ce triangle.
Le sentiment d’insignifiance, d’insuffisance, d’inachèvement ou d’imperfection sont des maux qui viennent bloquer le cheminement vers la connaissance et la beauté.
La pratique artistique est à la recherche permanente de la beauté.
Je parle ici de la beauté dans sa globalité où le langage est partie prenante dans le partage
Etre à la quête de la beauté c’est être à la quête de soi-même, de l’autre et de son environnement.
Il est de petites choses de la vie, des gestes du quotidien qui peuvent changer notre regard sur la
société et sur nous-mêmes. On vient ici proposer un travail sur la fabrique ou la recherche du beau, en utilisant l’art comme outil de recherche et d’apprentissage de la langue française. Ces ateliers artistiques à pratiques diverses sont une richesse dans la mesure où ils font appel à tous les sens du corps. Il sera travaillé à avoir, à entendre, à toucher, à sentir et à partager la poésie du corps et du langage.
Tout débutera par la formation du groupe, qui est un moment très important pour l’ouverture et l’épanouissement personnel.
Il faut se retrouver dans la meute pour pouvoir s’exprimer, pour profiter de la connaissance des autres. Ce temps sera très théâtral, avec beaucoup d’exercices physiques, de prises de confiance, de dialogues ; pour se découvrir, se connaitre, pour délier les langues et apprendre à écouter.
Une fois le groupe formé, nous pouvons commencer à créer le rêve, à poser notre regard sur les objets du quotidien auxquels il nous faut donner une seconde vie. Nous aurons donc du matériel de récupération en tout genre que nous devons transformer pour en faire des œuvres d’art. Pour cela avant cette seconde partie, une visite dans un musée ou un théâtre sera organisée, afin de donner un sens à cette seconde étape de travail.
A coups de marteaux, de pinces, de cutters et d’un petit fer à souder, la magie va s’opérer et les œuvres seront réalisées avec la sensibilité de chacun des apprenants.

La dernière étape sera celle de la valorisation du travail effectué, où les mots et la langue trouveront leur place. Les œuvres doivent inspirer une poésie, une parole, une mélodie... une forme d’écriture. La forme trouvée sera présentée en spectacle devant un public pour donner un sens à cette traversée dans l’apprentissage et la recherche du beau. Une forme d’apprentissage par le jeu.
Ces formes de travaux que nous expérimentons, voilà bientôt cinq ans dans la Youle, donnent des résultats satisfaisants. Se pose ici à nous, une nouvelle forme d’expérimentation.
La beauté de l’art est mon mot, mes dires, ma vision sur l’apprentissage.

Ulrich N'toyo 

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