Atelier de construction de marionnettes en matériaux de récupération :

LEONIE

Samedi et Dimanche 23 et 24/06 - Après-midi

Dans le cadre du festival Vivacité

Bois de la Garenne - Sotteville-les-Rouen 

 

Atelier Conte et Marionnette - Construire et manipuler
Animation d’expression en lien avec le conte et les marionnettes à travers une
sensibilisation à ces arts et à leur complémentarité - Fabrication et manipulation des marionnettes


Public : 5-17 ans


Durée : 1h


Public : Enfants et leurs parents / accompagnateurs- enfants seuls


Cadre : Festival Vivacité – Espace enfants

Avec la Maison Pour Tous de Sotteville-les-Rouen 

 

 

Le fait d’utiliser des matériaux recyclés, permet de sensibiliser les enfants et leurs parents aux déchets et à la deuxième vie que nous pouvons leur donner. Quel est notre rapport aux emballages ?

 

Dans une société du suremballage, de la surprotection des objets, de la surconsommation, ne peut-on pas voir nos déchets dans leur potentiel créatif ?

 

A l’image de Léonie, métropole décrite par Italo Calvino dans « Les villes invisibles », nos poubelles débordent, et nous sommes menacés d’asphyxie par nos propres déchets. Une implication de tous est devenue nécessaire pour les réduire, et éviter l’installation de nouveaux incinérateurs.

 

Parallèlement, le déchet est devenu le matériau privilégié de nombreux créateurs contemporains et toutes les disciplines artistiques sont concernées. Dans cet élan, les ateliers de fabrication de marionnettes en matériaux de récupération proposent une réflexion sur nos modes de consommation à partir du réemploi créatif d’emballages quotidiennement jetés, de papiers et de journaux, d’objets délaissés, détériorés, ou mis au rebut, de matériaux dévalorisés, de trouvailles de promenade…

Léonie 

La ville de Léonie se refait elle-même tous les jours : chaque matin la population se réveille dans des draps frais, elle se lave avec des savonnettes tout juste sorties de leur enveloppe, elle passe des peignoirs flambant neuf, elle prend dans le réfrigérateur le plus perfectionné des pots de lait inentamés, écoutant les dernières rengaines avec un poste dernier cri.
 

Sur les trottoirs, enfermés dans des sacs de plastique bien propres, les restes de la Léonie de la veille attendent la voiture du nettoiement. Non seulement les tubes de dentifrice aplatis, les ampoules mortes, les journaux, les conditionnements, les matériaux d’emballage, mais aussi les chauffe bain, les encyclopédies, les piano, les services de porcelaine : plutôt qu’aux choses qui chaque jours sont fabriquées, mises en vente et achetées, l’opulence de Léonie se mesure à celles qui chaque jour sont mises au rebut pour faire place à de nouvelles. Au point qu’on se demande si la vrai passion de Léonie est vraiment, comme ils disent, le plaisir des choses neuves et différentes, ou si ce n’est pas plutôt l’expulsion, l’éloignement, la séparation d’avec une impureté récurrente. Il est certain que les éboueurs sont reçus comme des
anges, et leur mission qui consiste à enlever les restes de l’existence de la veille est entouré de respect silencieux, comme un rite qui inspire la dévotion, ou peut-être simplement que personne ne veut plus penser à rien de ce qui a été mis au rebut.


Où les éboueurs portent leur chargement, personne ne se le demande : hors de la ville, c’est sûr ; mais chaque année la ville grandit et les immondices doivent reculer encore ; l’importance de la production augmente et les tas s’en élèvent, se stratifient, se déploient sur un périmètre plus vaste. Ajoute à cela que plus l’industrie de Léonie excelle à fabriquer de nouveaux matériaux, plus les ordures améliorent leur substance, résiste au temps, aux intempéries, aux fermentations, et aux combustions. C’est une forteresse de résidus indestructibles qui entoure Léonie, la domine de tous côtés, tel un théâtre de montagnes.
 

Voici maintenant le résultat : plus Léonie expulse de marchandises, plus elle en
accumule ; les écailles de son passé se soudent ensemble et font une cuirasse qu’on ne peut plus enlever ; en se renouvelant chaque jour, la ville se conserve toute dans cette seule forme définitive : celle des ordures de la veille, qui s’entassent sur les ordures des jours d’avant et de tous les jours, années, lustres de son passé.

 

Le déjet de Léonie envahirait peu à peu le monde, si sur la décharge sans fin ne pressait, au-delà de sa dernière crête, celle des autres villes, qui elles aussi rejettent loin d’elles même des montagnes de déchets. Peut-être le monde entier, au-delà des frontières de Léonie, est-il couvert de cratères d’ordures, chacun avec au centre, une métropole en éruption ininterrompue. Les confins entre villes étrangères ou ennemies sont ainsi des bastions infects où les détritus de l’une et de l’autre se soutiennent réciproquement, se menacent et se mélangent.

 

Plus l’altitude grandit, plus pèse le danger d’éboulement : il suffit qu’un pot de lait, un vieux pneu, une fiasque dépaillée roule du côté de Léonie, et une avalanche de chaussures dépareillées de calendriers d’années passées, de fleurs desséchées submergera la ville sous son propre passé qu’elle tentait en vain de repousser, mêlé à celui des villes limitrophes, enfin nettoyées : un cataclysme nivellera la sordide chaîne de montagnes effacera toute trace de la métropole sans cesse habillée de neuf. Déjà des villes sont prêtes dans le voisinage avec leurs rouleaux compresseurs pour aplanir le sol, s’étendre sur le nouveau territoire, s’agrandir elle-même, rejeter plus loin de nouvelles ordures.


Italo Calvino – Les villes invisibles 

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