Ecriture et mise en scène - Ulrich N’Toyo
Collaboratrice artistique cirque et musique - Florence Caillon
Assistante de mise en scène - Anne-Sarah Faget
Création costume - Bérangère Haleys
Création scénographie et lumière - Lucie Joliot

Avec - Adeline Maisonneuve - Léonor Stirman - Lucie Monziès / Sophie Lephay 
 

Note d'intention de mise en scène : 


Dans cette période trouble où les voix de femmes s’élèvent pour dénoncer toutes les violences auxquelles elles sont assujetties. Dans cette période trouble où plusieurs mouvements se créent pour rééquilibrer la courbe de l’histoire et réparer les erreurs du passé. Qui-suis-je, moi, homme, artiste, Congolais d’origine de surcroît à prendre la parole dans cet espace réservé à la femme ?
Je viens ici vous parler d’une rencontre, la rencontre d’un groupe de femmes et d’un artiste. La rencontre de récits de vies entre un petit groupe de femmes avec l’homme que je suis. Et aussi ce questionnement lancinant : Que pense la part de féminité qui est en moi, qu’est ce qui raisonne en elle ? Alors je suis allé à son écoute et j’ai accouché d’un texte auquel il faut donner la vie.
La vie dans ces mots ne peut venir que si je me rends disponible à l’écoute, à l’écoute de ces trois corps, à l’écoute de l’espace, à l’écoute du silence et faire confiance à l’imaginaire. Je convoque trois femmes sur le plateau qui n’ont pas pied dans la vie comme dans l’eau. Elles n’ont pas encore la tête sous l’eau. Elles ont peur de se noyer, alors elles se battent pour rester en vie.
Ma mise en scène va accompagner ces femmes dans leurs récits et dans leurs métamorphoses dans la simplicité la plus totale. C’est vers cette direction que mon écriture scénique va, à la rencontre des maux de ces femmes, du rapport à leur corps et à l’espace.
C’est un combat permanent entre l’instinct de survie, et l’envie de partager son histoire.
Tout tient sur un fil, un seul élément au centre de la scène qui provoque la catharsis de ces femmes.
Les mouvements se répètent et conduisent à l’épuisement. La transe est au coeur de cette forme théâtrale. C’est la fête de la parole, du corps, en harmonie avec l’espace scénique. Une vrai rencontre entre le théâtre d’acteur et le cirque aérien, un travail collaboratif avec Florence Caillon.
Nous sommes dans un espace qui n’est pas celui du quotidien, qui est celui de l’âme, de l’imagination, de ce qui pourrait être ; de ce qui sera peut-être.


Ulrich N’Toyo

 

Genèse du projet

 

Premier temps
Des mots, des paroles, des vocabulaires, des témoignages, des langues, des pensées, des discours, des sentences, des non-dits, des peines, des châtiments, des pénitences… Autant de mots pour définir cette rencontre entre l’artiste, Ulrich N’Toyo et ce groupe de femmes, dites allophones, qui, à l’origine était là pour apprendre le français. Il faut qu’elles soient dans un cadre. Oui, nous vivons dans un monde avec pleins de petits cadres auxquels nous devons nous intégrer, sinon nous ne
sommes personne… Elles ont le statut de femmes au foyer, femmes sans activité, de mères. Mais comment donner un sens à ce statut ?
Dans le cadre du projet «Sur le fil de l’oralité», financé par le ministère de la Culture et de la communication, Ulrich N’Toyo joue le rôle du gardien du système pour les accompagner en douceur.
L’atelier devient une soupape d’échappement, une parenthèse hors du temps où elles jouent à être elles-mêmes. Elles sont là et c’est un homme autre que leur mari qui parle, qui raconte, qui les fait travailler. Voilà comment le projet prend source dans cette rencontre entre ces femmes et un homme.
Je me suis retrouvé sur le banc des accusés sans que pourtant je ne sois le témoin
de quoi que soit, mais je suis un homme, cela suffisait pour déverser leur rage, sans
violence aucune, sur moi. Ulrich N’Toyo


Deuxième temps 
Laisser reposer, macérer, digérer pour reprendre ces notes prisent sur les six mois d’atelier. Le défi pour Ulrich N’Toyo était de rentrer dans cette intimité sans la trahir, ni la déformer. Il se lance dans l’écriture d’un monologue de six pages, qu’il partage à un petit comité de lecture. La violence de ces écrits est telle, que tout le monde sort sans faire le moindre retour. Trop brut, il faut aérer, il faut donner plus à voir et à entendre.
Pour prendre de la distance, il invite une comédienne, Bérangère Grandhomme. Pendant une semaine, ils retraversent ensemble ces six pages de monologue. Le travail se fait autour de la table, avec des échanges sincères entre la comédienne et la femme que Bérangère est, et sur le plateau.
Alternant entre cette posture d’écrivain et de spectateur, Ulrich précise cette parole de femme.


Troisième temps
Par la suite ce monologue, comme une évidence, devient un trio. Trois voix, trois corps pour traverser ces récits de femmes multiples. Des souvenirs, des lectures viennent se greffer et nourrissent le texte. La figure de l’écrivaine Werewere Liking, qui suit l’artiste depuis sa jeunesse, ressurgit. Cette femme, qui ose prendre la parole malgré le poid de la tradition, des coutumes et des moeurs, et qui créé le village Ki-yi M’bock, dans lequel elle accompagne des femmes. Le livre, Femmes qui courent avec les loups de Clarissa Estés Pinkola, dans lequel la psychologue et conteuse tisse des liens entre des récits et une libération. Le souvenir des Amazones du Dahomey, ce groupe de femmes du Bénin qui repousse l’occupation occidentale. Toutes ces figures de puissance féminine et le lien entre récit et soin : la prise de parole comme libération.
Au-delà du rapport homme/femme, le texte étend sa réflexion sur le traditionalisme de notre société occidentale. Comment cette femme, ces femmes, par peur du regard, du jugement se conforment à cette image ? Comment en 2019, avec l’évolution des droits, des regards de la société, des femmes peuvent-elles encore subir ce type de traditions ? Archaïsme d’une vision sur lequel ce texte vient à son tour retirer une pierre.


 

Le dossier

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